LES ACTUALITES AUSTRALIENNES EN 2008

LES ABORIGENES

 

Le 19 DECEMBRE : Une concentration majeure d'art rupestre menacée en Australie (Source : "lemonde.fr")

Il s'agirait de la plus grande concentration d'art rupestre au monde. La péninsule du Burrup, au nord-ouest du continent australien, abrite trois cent mille pétroglyphes. Pourtant, ce trésor national est menacé par divers projets industriels, et fait partie de la liste des sites en danger du Fonds mondial des monuments. Samedi 20 décembre, l'association Friends of Australian Rock Art (FARA) organisera des actions de protestation en France, en Egypte et en Australie.

Ces gravures aborigènes, dont certaines seraient vieilles de 10 000 ans, ne sont pas connues depuis longtemps. Dans les années 1960, le Muséum d'Australie-Occidentale avait estimé leur nombre à quelques centaines seulement. Des compagnies minières ont alors pu s'implanter dans la région, riche en ressources naturelles. Mais depuis quelques décennies, archéologues et anthropologues se sont rendu compte de la richesse des lieux. Sur l'ensemble de l'archipel de Dampier, dont fait partie le Burrup, on compterait même un million de pétroglyphes, indications précieuses de la présence aborigène. Il s'agit de représentations de plantes et d'animaux, dont le tigre de Tasmanie, disparu du continent australien depuis 6 000 ans, mais aussi des silhouettes humaines. "C'est la plus grande galerie d'art au monde. Ces pétroglyphes présentent une grande diversité, que ce soit pour leurs thèmes, les styles, ou même les techniques utilisées. Cela suggère un degré de "liberté artistique" inconnu dans les autres sites d'art rupestre en Australie", commente Robert Bednarik, spécialiste d'art rupestre, qui a oeuvré à la reconnaissance du Burrup depuis des décennies.

UN QUART DES PÉTROGLYPHES DÉTRUIT

Malgré tout, l'industrialisation continue dans la région. Un port important a été construit et une usine de fertilisants s'est implantée. Récemment encore, le géant australien du pétrole Woodside a obtenu l'autorisation de construire sur la péninsule une usine de gaz naturel liquéfié. Pour l'occasion, Woodside a déplacé 170 roches gravées.

"La relocalisation des rochers a été faite sur un site naturel proche, sur les conseils des représentants des groupes aborigènes locaux", défend Roger Martin, porte-parole de la compagnie. Le gouvernement d'Australie-Occidentale, cherchant à encourager le boom minier dont profite l'Etat, soutient le développement d'activités industrielles dans la région.

Une position qui indigne Robert Bednarik : "24,4 % des pétroglyphes ont été détruits depuis les années 1960. Que dirait-on en France si quelqu'un suggérait de détruire un quart de la grotte de Lascaux ?" Les défenseurs du Burrup ont désormais une autre bataille à mener : bientôt, une usine d'explosifs devrait être construite à proximité. "L'endroit est dépourvu d'art rupestre, mais en cas d'explosion, cela déplacerait totalement les formations rocheuses alentour", affirme Rémi Vignals, de l'association FARA.

Depuis 2007, l'archipel de Dampier est classé au patrimoine national. Néanmoins, le site n'est pas protégé contre les vols et dégradations. Craignant la pollution et le développement de nouveaux sites industriels, plusieurs associations militent désormais pour que la péninsule du Burrup soit classée au patrimoine mondial de l'humanité.

Le 17 DECEMBRE : les Aborigènes gagnent contre le gouvernement (Source : "romandie.com")

Un juge australien a donné raison à une communauté aborigène. Il a estimé que le gouvernement avait illégalement autorisé le géant minier zougois Xstrata à détourner une rivière et à agrandir ses mines de zinc dans le nord de l'Australie.

La cour fédérale a jugé que le gouvernement n'avait par respecté la loi en permettant au groupe Xstrata d'investir 85 millions de francs pour étendre en 2006 sa mine de la rivière McArthur. Plusieurs kilomètres du cours d'eau ont déjà été détournés et un groupe aborigène local demande qu'il soit rétabli.

"Nous voulons retrouver la rivière. Nous ne savons pas comment (ils feront). Ils l'ont déplacée, ils peuvent la ramener là où elle était", a déclaré Archie Harvey, représentant des propriétaires coutumiers du terrain.

Les propriétaires coutumiers demandent également que les représentants de la mine engagent des négociations afin de leur verser des compensations, de leur fournir des emplois et de les former. Selon l'instance représentant les intérêts des mines, cette décision est un coup terrible pour l'industrie minière australienne.

Le 16 DECEMBRE : Les aborigènes d'Australie sont furieux contre Nicole Kidman ! (Source : "closermag.fr")

Tout ça à cause de l'émission allemande "Wetten Dass"… En effet, en fin de semaine dernière, Nicole et Hugh jackman étaient les invités d'honneur du show dans le cadre de la promotion de leur film "Australia".
Mais le présentateur a eu la très mauvaise idée de faire jouer à Nicole Kidman du didgeridoo, un instrument considéré comme sacré par les aborigènes d'Australie. Le problème c'est que les femmes n'ont absolument pas le droit de jouer de cet instrument ! Ce qui a suscité la fureur des aborigènes.
Allen Madden, un spécialiste australien des cultures indigènes a défendu Nicole Kidman en avançant que l'actrice "ne devait probablement pas connaître cette règle. Sinon, elle n'en aurait pas joué." Mais en veut à Baz Luhrman, le réalisateur, qui "aurait dû connaître ce genre de choses après avoir travaillé sur les cultures indigènes pour 'Australia'". Dont acte.

Le 4 NOVEMBRE : Création de 50 000 emplois pour les aborigènes australiens (Source : "http://24hdanslepacifique.com")

C’est en compagnie du magnat de l’industrie minière, Andrew Forrest, et de plusieurs industriels comptant parmi les plus fortunés du pays, que le Premier ministre australien, Kevin Rudd, a lancé son programme destiné à fournir 50 000 emplois aux communautés les plus défavorisées du pays.

15 entreprises australiennes se sont déjà engagées à fournir 6 000 emplois tandis que le gouvernement tente d’identifier des secteurs propices à l’embauche tout en proposant des stages de formation qui devraient déboucher sur des emplois.
Un composant de ce programme encourage également les jeunes aborigènes à rester à l’école et à poursuivre leurs études.

Kevin Rudd s’est déclaré enchanté par ce programme : « C’est un bon jour, avec des braves gens qui veulent faire des bonnes choses pour l’avenir. »

Andrew Forrest a souligné que la crise économique mondiale ne doit pas décourager les entreprises qui envisagent de trouver des postes en rappelant que ce sont les défavorisés qui souffrent le plus des déboires de l’économie.

Le 16 AVRIL : AUSTRALIE • Les "enfants volés" ont-ils servi de cobayes ? (Source : "courrierinternational.com")

Kathleen Mills, qui témoignait devant une commission d'enquête sénatoriale sur la compensation financière des "générations volées", a fait une révélation retentissante le 15 avril, rapporte le quotidien Sydney Morning Herald. Pendant les années 1920 et 1930, assure cette Aborigène, les petits pensionnaires métis du centre Kahlin, à Darwin, ont reçu des injections de médicaments expérimentaux contre la lèpre, avec des conséquences dramatiques pour leur santé. Une deuxième personne est venue corroborer cette information, affirmant que des expérimentations sur des "enfants volés" ont également eu lieu à la léproserie de la ville, et ce jusqu'aux années 1960. "Ce que vous avez entendu aujourd'hui n'est pas le pire", a déclaré Kathleen Mills, qui demande au gouvernement d'ouvrir ses archives, qu'elle qualifie de "boîte de Pandore".

Le 20 MARS : AUSTRALIE • La presse perd sa liberté chez les Aborigènes (Source : "courrierinternational.com")

Paul Toohey vient de rendre son Walkley (l'équivalent australien du prix Pulitzer) à la Fédération australienne de la presse, la Media, Entertainment and Arts Alliance (MEAA), qui le lui avait décerné en 2002. Ce spécialiste des questions aborigènes, en poste à Darwin pour le compte de The Australian, est choqué par le nouveau "code de conduite" que le syndicat des médias veut imposer aux journalistes souhaitant se rendre dans les communautés aborigènes.

Selon cette règle, les reporteurs doivent contacter la police dès leur arrivée dans les communautés, afin de "l'informer de leurs intentions". "Depuis quand les médias indépendants doivent-ils faire part de leurs projets à l'Etat ?" se demande Toohey dans The Australian. Pour lui, la MEAA "agit contre la liberté de la presse en faveur de ce qu'elle croit, à tort, être dans l'intérêt des Aborigènes".

Le 14 MARS : AUSTRALIE • "Ici les jeunes Aborigènes préfèrent la prison à la liberté" (Source : "courrierinternational.com")

L'an dernier, la communauté aborigène d'Aurukun a défrayé la chronique, lorsque neuf Aborigènes ont été condamnés à des peines de sursis et de mise à l'épreuve pour le viol d'une fillette aborigène handicapée de 10 ans.

Située dans une région reculée du nord du Queensland, Aurukun fait partie des quelques communautés-tests, où bientôt, les "mauvais parents" se verront privés d'aides sociales. Selon le Brisbane Times, dans cette société de 1 000 âmes, un dixième des adultes et adolescents est sous le coup d'un sursis, un autre dixième est en prison, et le taux de récidive est de 90 %. Ici, la vie est si dure que les jeunes préfèrent la prison à la liberté. Un enfant sur trois n'est pas scolarisé, et s'il va à l'école, ce n'est que deux jours par semaine.
Face à cet état de choses, les anciens d'Aurukun ont tiré la sonnette d'alarme le 13 mars, suppliant l'Etat de "sortir les enfants de là" pour les protéger. Martha Koowarta, à la tête de ce groupe, souhaite fermer l'école et envoyer les enfants dans des pensionnats de la région, afin qu'ils aient "un pied dans chaque monde". "Il ne s'agit pas de faire de ces Noirs des Blancs," a soutenu à la radio le Dr Chris Sarra, directeur de l'Institut pour l'éducation indigène, qui explique que ces pensionnaires rentreraient chez eux tous les week-ends. Histoire de dissiper tout malentendu qui rappellerait la politique de "l'Australie blanche" menée par l'Etat entre 1870 et 1970. En tout, 100 000 enfants aborigènes – ceux qu'on appelle la "génération volée" – avaient été enlevés à leurs familles pour être placés de force dans des orphelinats et pensionnats. Le mois dernier, le nouveau Premier ministre travailliste Kevin Rudd a présenté, au nom de l'Etat, ses excuses officielles aux enfants volés et à leurs familles.

Le 1er MARS : L’Australie s’excuse auprès des Aborigènes. Un passé qui passe mal (Source : "terrepolitique.com")

Le nouveau gouvernement travailliste australien de M. Kevin Rudd vient d’adresser au nom du pays des excuses au Aborigènes. Un pas vers la reconnaissance mais l’Australie est encore loin d’avoir crever les abcès de son passé.

M. John Howard, précédent premier ministre (parti libéral), s’est battu durant tout son mandat contre une telle politique de reconnaissance. Cette question des responsabilités d’un peuple ou d’un pays n’est exclusive à l’Australie. Il suffit de penser à la France sur ce qui concerne la colonisation et la guerre d’Algérie ne particulier. Les arguments s’opposant cette repentance sont sensiblement les même: le refus de porter la responsabilité des générations antérieures. La question de possibles dédommagements financiers fait aussi débat.

L’histoire des Aborigènes depuis les premiers colons européens est dramatique, bien plus que celle des Amérindiens. Le capitaine Cook, en 1788, déclare l’immense île qu’il aborde terra nullius, terre vierge d’habitant. Contrairement à l’Amérique du Nord, les colons européens n’ont passé aucun traité avec les autochtones. La constitution australienne affirme par la section 127 que les Aborigènes ne constitue pas la population du pays. Les Aborigènes ne sont pas citoyens australiens. L’état de marginalisation au long du XXe siècle oblige le gouvernement de Canberra de revoir sa politique en faveur des autochtones. Il faudrait mieux dire créer, car comme il a été indiqué précédemment les Aborigènes ne sont pas sous la juridiction de l’état. En 1967, un référendum approuvé par neuf électeurs sur dix aboli cette disposition de la constitution. Les Aborigènes gagnent donc le droit de vote (1).

L’Etat peut donc légiférer en matière indigène. Pour les Aborigènes cette intégration rime avec assimilation. Ces réformes sont à mettre dans un contexte chronologique plus large d’assimilation. Le gouvernement de Canberra, durant plusieurs décennies, a voulu arracher les jeunes autochtones de leur milieu traditionnel et leur famille pour en faire des Australiens comme les autres. C’est particulièrement sur cet aspect, la Stolen generation, que le gouvernement de M. Rudd a fait allusion.

Si le geste est louable, peut-être historique, il n’est qu’une étape. Les Aborigènes, groupe très hétérogène, sont encore marginalisés économiquement, socialement et culturellement. Ils savent également pertinemment que les Travaillistes ont beaucoup montré de volonté à leur sujet, mais pour peu d’actes. L’idée d’assimilation est désormais rejetée par les Travaillistes ayant constaté les dégâts de cette politique. Une position critiqué par les Libéraux (de M. Howard) qui refusent une partition de la nation australienne

L’idée d’une souveraineté aborigène en dehors de la juridiction australienne n’est pas absente. Des militants aborigènes ont tenté dans ces dernières années d’invalider juridiquemement la souveraineté britannique sur toute l’ île et ses habitants. C’est une opposition claire au principe de la terra nullius. ce n’est qu’en 1992, avec l’affaire Mabo & Others v. Queensland, que ce principe a été remis en cause par l’Etat. Cet évènement a permis d’accorder des droits indigènes sur la terre. Le débat sur les Aborigènes en Australie est extrêment délicat, car il pose la question de la souveraineté de l’Etat australien.

L’Australie promeut depuis les années 1980, l’idée d’une “Reconciliation”. les spectateurs étrangers ont pu en voir une démonstration durant les Jeux olympiques d’été de 2000, avec l’athlète aborigène Cathy Freeman allumant la flamme olympique. cependant, cette politique est critique pour n’être finalement qu’un instrument rhétorique des gouvernements successifs pour évacuer les questions qui fâchent et promouvoir l’image d’une Australie nouvelle dans le monde.

La question des Aborigènes en Australie ne présente pas les mêmes caractéristiques que celle des Amérindiens en Amérique du Nord. La politique de “réconciliation” australienne est à mille lieues des efforts des leaders de l’Afrique du Sud post-apartheid pour reconstruire le pays par le pardon et au-dessus des haines. Pourtant, l’Australie renvoie à des thèmes très important et discuté de notre début du XXIe siècle : l’intégration, le multiculturalisme, le post-colonialisme.

(1) Il a subsisté toutefois des discriminations légales. Par exemple, les Aborigènes, à l’inverse des autres Australiens, ne sont pas inscrit automatiquement sur les listes jusqu’au années 1980.

Le 26 FEVRIRER : AUSTRALIE : Un ministre horrifié par le sort d`une communauté aborigène (Source : "angolapress-angop.ao")

Un ministre du gouvernement australien a qualifié d`"horribles" les conclusions d`une enquête au sein d`une communauté aborigène, révélant des conditions de vie misérables, telles que des jeunes enfants allaités par des animaux.

La mort de 22 jeunes hommes et femmes, à cause de l`alcool et de la drogue - dont le suicide d`un garçon de 11 ans - dans la région des Kimberley, dans l`ouest de l`Australie avait suscité cette enquête. Le coroner (officier civil) Alastair Hope, qui a remis ses conclusions lundi, a révélé que dans cette communauté aborigène, hommes et femmes font un usage largement abusif de l`alcool et de la drogue, mettant leur vie en péril.

"Il apparaît que les conditions de vie des Aborigènes, et particulèrement dans cette région des Kimberley, sont un vrai désastre et personne ne semble devoir y apporter de réponse", a-t-il indiqué dans son rapport.

Face au manque de nourriture et d`hygiène, M. Hope a recommandé au gouvernement de distribuer des bons de nourriture aux parents de jeunes enfants, pour éviter de leur donner de l`argent, qu`ils risquent de dépenser aux jeux, ou dans l`alcool et la drogue.

"Le sort de petits enfants est surtout pathétique et pour nombre d`entre eux, il n`y a aucun avenir", a-t-il dit

Le 16 FEVRIRER : Editorial : Aborigènes : l'Australie à l'honneur (Source : "ouest-france.fr")

En passant par l'Australie en longues escales, voici bien longtemps, j'avais entrevu ceux que l'on appelle les aborigènes. J'avais été choqué par la manière dont ils étaient traités. Les aborigènes sont les habitants de ce continent isolé où les Européens vinrent s'installer, voici plus de deux siècles. Les natifs de ce pays se sont demandés qui étaient ces intrus. Les Européens les ont vite écartés, refoulés. Ils ont commencé à exploiter les sols, les sous-sols et tant pis s'il s'agissait de territoires utilisés par les tribus autochtones. Ces terres furent prises, confisquées, occupées. Les aborigènes furent alors considérés comme des gêneurs de la colonisation, de la modernité. Ils furent repoussés toujours plus loin.

Dans les années 1950, les Australiens blancs et fiers de l'être étaient heureux d'avoir échappé à la convoitise des Japonais dont ils s'étaient sentis menacés durant la Deuxième Guerre mondiale. Ils s'élevèrent avec force contre l'immigration de couleur. Ils continuèrent aussi à refuser leur place aux habitants d'origine. Ceux-ci n'étaient pourtant plus une menace. Ils étaient devenus simplement un « problème » que l'on voulait résoudre.

Au temps des droits de l'homme, il ne s'agissait plus de les exterminer comme on avait pu le faire en certaines contrées de cette partie du globe. On décida simplement de les assimiler subrepticement. On tarirait peu à peu leurs sources de vie en confisquant leurs enfants. Ceux-ci enlevés par milliers à leurs parents, à leurs tribus furent confiés à des Australiens blancs qui allaient les élever dans la culture occidentale ; un arrachement indigne de l'humanisme dont on se réclamait par ailleurs.

C'était encore le temps du mépris. L'aborigène était ridiculisé, caricaturé, moqué. On niait son intelligence et pourtant il s'agissait de l'un des plus anciens peuples de la planète. Comment était-il arrivé là, dans cette île immense ? Comment y avait-il vécu et survécu face à une nature le plus souvent rude et hostile, sinon à force d'intelligence, d'imagination, de créativité.

Les peuples indigènes ont civilisé la terre

Ce peuple, on aurait dû l'estimer infiniment respectable, car il était le témoin des efforts primitifs de l'humanité pour surgir du chaos. Or, on le condamnait à la nullité, à l'illettrisme, à l'alcoolisme. Sa santé vacillait, l'espérance de vie de ses membres était et est encore considérablement inférieure à celle des blancs, sûrs d'eux-mêmes et de leur supériorité pendant si longtemps. Déjà dans les années 1950, le visiteur européen ne pouvait qu'être indigné par la place réservée aux aborigènes.

Et voici qu'un événement extraordinaire s'est produit : « Nous demandons pardon », a solennellement déclaré le nouveau Premier ministre, Kevin RUDD. « Nous demandons pardon pour le chagrin profond, les souffrances et les disparitions que nous leur avons fait subir en enlevant leurs enfants à leur famille, à leur communauté, à leur pays. Pour la douleur et les souffrances subies par ces générations volées, nous demandons pardon aux mères, aux pères, aux frères et aux soeurs. Pour avoir séparé des familles, nous demandons pardon. Pour l'atteinte à la dignité et l'humiliation infligée à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous demandons pardon. Nous faisons, aujourd'hui, ce premier pas en reconnaissant le passé et en allant vers un avenir qui englobera tous les Australiens ».

Ainsi, désormais, 450 000 personnes sont reconnues dans leur dignité. Enfin, le mot ardemment espéré par tous les humanistes est prononcé : PARDON.

Ceux qui avaient, autrefois, constaté l'inacceptable mépris envers cette humanité ancestrale se réjouissent : « Il s'est passé, aujourd'hui, en Australie, quelque chose de grand aux yeux du monde entier, rappelle Maître Gilles Devers (1) : la reconnaissance du fait que les peuples les plus importants de la planète sont les peuples indigènes. » Ce sont eux, en effet, qui, les premiers, ont civilisé la terre ; c'est à partir de leurs inlassables efforts, accomplis depuis la nuit des temps, que l'humanité a pu commencer à s'élever.

(1) Gilles Devers, www.20minutes.fr, rubrique « Actualités du Droit ».

François Régis Hutin

Le 13 FEVRIER : AUSTRALIE • Un pays tout entier s'incline devant les Aborigènes (Source : "courrierinternational.com")

Rubrique : Actualités : asie - Revue de presse

Pour la première fois dans l'histoire du pays, le chef du gouvernement travailliste vient présenter ses excuses à la communauté aborigène. Un événement salué par tous, même si beaucoup attendent les actes concrets.

Aujourd'hui, nous honorons les peuples indigènes de ce pays, la plus vieille culture de l'histoire humaine…" Ainsi commence le discours du nouveau Premier ministre travailliste, Kevin Rudd, à l'attention des Aborigènes. "Avec un texte de seulement 361 mots, relève The Sydney Morning Herald, le Parlement fédéral tentera aujourd'hui de guérir le mal de décennies de mauvais traitements infligés par l'Etat à tous les aborigènes australiens, et pas seulement à ceux qui, enfants, ont été enlevés de force à leurs familles."

Des milliers de gens, aborigènes et autres, étaient réunis à travers le pays, devant des écrans géants, pour assister en direct à cette session parlementaire historique. Devant le Parlement, témoigne le quotidien de Sydney, la pelouse est "aux couleurs des drapeaux aborigène et australien", puis, lorsque Kevin Rudd termine son discours, "c'est l'ovation debout ! Beaucoup pleurent, sourient ou semblent acquiescer".

Dans le quartier défavorisé de Redfern, reprend le journal, ils sont nombreux sous la pluie, réunis autour du maire de Sydney, Clover Moore, devant un écran placé sur le site des émeutes aborigènes de 2003. Après avoir écouté le chef du gouvernement, Clover Moore, en larmes, conclut : "Le Parlement de Canberra est loin des rues de Redfern, mais les excuses faites ce matin doivent résonner ici, dans nos cœurs et dans nos esprits."

"C'est une renaissance, convient l'acteur et présentateur de télévision aborigène Ernie Dingo, surtout de savoir que ce qui s'est passé durant les huit dernières décennies n'a pas été oublié." Pour Christine King, codirectrice de l'Alliance pour les générations volées (les enfants enlevés à leurs familles), citée elle aussi par le Sydney Morning Herald, ces excuses officielles marquent "le premier pas de ce qui sera un long voyage vers la guérison du peuple aborigène".

"Toutes les voix doivent être entendues, insiste-t-elle, toutes les douleurs doivent être écoutées, toute la peine partagée, c'est cela le chemin à suivre." "Ce n'est pas une question de brassards noirs ou de culpabilité, reprend Tom Calma, de la Commission pour la justice sociale des Aborigènes, mais de reconnaissance et d'enseignement du passé. Et, au final, le but est de trouver une place, lorsqu'on raconte notre histoire nationale, pour les générations volées."

Tout le monde n'est pas de cet avis. Le discours de Kevin Rudd a été boycotté par une poignée de députés, dont Denis Jensen, député libéral, qui déclare à The Australian que "demander pardon ne résoudra rien, ce n'est que du papier peint". Le journal note que John Howard était le seul ancien Premier ministre vivant à ne pas être présent pour "des excuses auxquelles il s'était opposé tout au long de ses onze années de pouvoir".

Où était-il donc, en ce moment historique ? "il faisait son jogging quotidien", ironise le quotidien, ajoutant qu'il était temps que l'Etat présente ses excuses et que "celles de Kevin Rudd, écrites de sa propre main, seront un des moments forts de son mandat" (qui commence à peine)."Il a mis la barre haut. Et il devra apprendre, comme d'autres avant lui, reprend le journal, que répondre aux attentes est le défi politique le plus difficile". "Le sens véritable de ces excuses est indéfinissable, poursuit le quotidien. Or, c'est précisément ce sens que le Premier ministre devra définir dans les années à venir."

Un argument qui est repris par l'ensemble de la presse, comme The Canberra Times qui souligne : "Plus tard, on remerciera peut être le gouvernement Rudd d'avoir enfin demandé pardon, mais il sera jugé davantage sur les actes que sur les mots." Le quotidien s'inquiète du fait que "personne ne sait ce que les travaillistes ont vraiment l'intention de faire pour les aborigènes".

The Daily Telegraph estime également que "les excuses ne sont pas la panacée". Et qu'en elles-mêmes elles "ne résoudront rien" pour ceux qui ont souffert. The Herald Sun estime, pour sa part, que "les gestes symboliques tiennent une place importante dans toutes les cultures. Mais ils ont tendance à s'estomper s'ils ne sont pas associés à des actes significatifs."

Le journal de Melbourne concède que ce qui vient d'avoir lieu est "l'un des moments symboliques et historiques les plus importants dans la vie de la nation", mais que cela n'aura servi à rien si Kevin Rudd ne s'engage pas clairement pour résoudre "le défi social le plus profond auquel notre pays doit faire face", à savoir "les conditions tiers-mondistes dans lesquelles vivent de nombreux Aborigènes".

"Il est temps, estime The Herald Sun, que l'Australie indigène et l'Australie non indigène fassent ensemble le dur travail nécessaire pour réduire les inégalités, en particulier dans les communautés éloignées. Le gouvernement doit montrer qu'il est enfin résolu à combattre la mortalité infantile et les violences faites aux enfants, tout en améliorant les opportunités en matière d'éducation et en œuvrant pour une indépendance économique."

Un programme que laisse espérer Kevin Rudd lorsqu'il parle, dans son discours, de "nouvelles solutions là où les anciennes approches ont échoué" et de "responsabilités mutuelles" : "Un avenir où tous les Australiens, quelle que soit leur origine, sont des partenaires égaux, avec des opportunités égales et un intérêt égal pour construire le prochain chapitre de l'histoire de ce formidable pays, l'Australie."

Le 12 FEVRIRER : Coutume aborigène au parlement australien (Source : "7sur7.be")

Le parlement australien a ouvert mardi sa session de façon inédite par une cérémonie traditionnelle aborigène, illustrant la volonté de réconciliation du nouveau gouvernement travailliste avec le peuple indigène d'Australie.

"Bâton message"
Une vieille femme de la tribu de Ngambri tribe, propriétaire coutumier du terrain sur lequel est construit le bâtiment du Parlement, a mené cette cérémonie de "bienvenue au pays" au cours de laquelle "un bâton message", présent traditionnel, a été remis au Premier ministre, Kevin Rudd.

Drapée dans une cape de fourrure, Matilda House-Williams a expliqué aux parlementaires que "le bâton message est un moyen de communication utilisé depuis des milliers d'années par les Aborigènes pour raconter l'histoire de notre peuple".

Elle a rappelé que lors de l'inauguration de l'ancien bâtiment du Parlement il y a 80 ans, un Aborigène, Jimmy Clemens, seul et pieds nus, avait été repoussé par la police. "Je suis aujourd'hui devant vous dans la même vénérable institution, en tenue de cérémonie, pieds nus, mais honorée et bienvenue", a-t-elle déclaré.

Hommage
Dans son discours, Kevin Rudd, au pouvoir depuis novembre dernier, a déclaré que le gouvernement voulait "rendre hommage aux propriétaires de la terre sur laquelle est édifiée le Parlement et aux propriétaires traditionnels de toutes les terres du continent australien".

Réparer les erreurs
Faisant allusion à Jimmy Clemens, il a rappelé qu'à l'époque un journal l'avait désigné comme "un représentant isolé d'une race au déclin rapide". "Je célèbre aujourd'hui le fait que les indigènes australiens sont bien vivants, à nos côtés pour l'avenir. Nous commençons par cette petite marche pour réparer les errements du passé", a également déclaré Kevin Rudd.

Mercredi, Kevin Rudd doit prononcer des excuses officielles à la "Génération volée", du nom de ces milliers d'enfants autochtones retirés de force jusqu'aux années 1970 à leurs familles, pour être placés dans des institutions ou des foyers européens à des fins d'assimilation. Au pouvoir pendant dix ans, le conservateur John Howard, prédécesseur de Kevin Rudd, avait toujours refusé la repentance.

Le 12 FEVRIRER : L'Australie présente ses excuses aux Aborigènes (Source : "france-info.com")

Le Premier ministre australien Kevin Rudd a prononcé un discours d’excuses à la communauté aborigène, soulignant "l’atteinte à la dignité et l’humiliation" dont ont été victimes depuis deux siècles les premiers habitants du pays.

Le geste est historique. L’Australie veut enfin se réconcilier avec son passé, avec le peuple aborigène et tenter de cautériser une "blessure à l’esprit de la nation". Le travailliste Kevin Rudd, élu en novembre, avait fait de la question indigène un engagement de campagne. Son prédécesseur conservateur, John Howard, au pouvoir de 1996 à 2007, s’était toujours opposé à une telle démarche. Sitôt élu, le nouveau Premier ministre a bouleversé le protocole : pour la première fois hier, une cérémonie traditionnelle autochtone ouvrait la session parlementaire, pour marquer le début d’une "nouvelle ère de respect mutuel entre Aborigènes et Australiens non-indigènes".

Dans le discours qu’il a prononcé ce soir devant le Parlement, Kevin Rudd est allé plus loin encore en présentant des excuses non seulement à la "génération volée", ces milliers d’enfants retirés de force jusqu’aux années 70 à leurs familles à des fins d’assimilation, mais aussi à tous les Aborigènes victimes de mauvais traitement.

"Nous présentons nos excuses pour les lois et les politiques des parlements et gouvernements successifs qui ont infligé une peine, une douleur et une perte profondes à nos compatriotes australiens (...) Aux mères et pères, aux frères et sœurs, pour avoir séparé des familles et des communautés, nous disons pardon (...) Et pour l’atteinte à la dignité et l’humiliation infligées à un peuple fier de lui-même et de sa culture, nous disons pardon", a déclaré le Premier ministre.

Le 30 JANVIER : L'Australie va présenter des excuses nationales aux Aborigènes (Source : "http://tempsreel.nouvelobs.com")

L'Australie va, pour la première fois, présenter le 13 février prochain des excuses officielles pour les mauvais traitements passés infligés à la population aborigène.
Jenny Macklin, la ministre des Affaires indigènes, a précisé mercredi que ses excuses formelles à la "génération volée" des Aborigènes constitueraient la première tâche du nouveau Parlement désormais dominé par les travaillistes.
"Ces excuses seront présentées au nom du gouvernement australien et n'attribue aucun culpabilité à la génération actuelle du peuple australien", a souligné Macklin dans un communiqué.

Le 7 JANVIER : Pas d'indemnisation pour les enfants aborigènes en Australie (Source : "lemonde.fr")

Le gouvernement australien a rejeté une requête visant à abonder à hauteur d'un milliard de dollars australiens (600 millions d'euros environ) un fonds destiné à indemniser les enfants aborigènes enlevés à leurs familles au nom d'une politique d'assimilation.

Kevin Rudd, le nouveau Premier ministre travailliste australien, a indiqué que son gouvernement s'apprêtait à présenter des excuses officielles lors de la prochaine session parlementaire.

"Les gens sont indemnisés lorsqu'ils sont victimes d'un crime. Là, il s'agit d'un acte de génocide", a regretté sur une radio locale Lyn Austin, qui dirige Stolen Generations dans l'Etat de Victoria, une association qui défend les droits aborigènes.
De 1860 à 1960, des milliers d'enfants aborigènes ont été soustraits à leurs familles au nom d'une politique d'assimilation. Avant une loi promulguée en 1967, ce peuple était considéré comme faisant partie de la faune et de la flore australienne.

Un rapport, rédigé par Stolen Generation, recommandait d'indemniser les victimes de cette politique, mais Jenny Macklin, ministre des Affaires indigènes, a tranché en faveur de la mise en place de mesures destinées à élever les standards de vie des aborigènes.
"Nous pensons que la prochaine étape est de juguler le problème de indigènes défavorisés, et de se concentrer sur la les 17 ans de différence d'espérance de vie (avec les non-aborigènes)", a-t-elle déclaré à la chaîne de télévision Sky News Australia.
"L'enjeu de ces excuses nationales est de jeter des ponts entre indigènes et non indigènes", a-t-elle poursuivi.

L'Australie compte aujourd'hui 460.000 aborigènes sur une population totale de 20 millions d'habitants

Le 1er JANVIER : Portrait : En peine aborigène (Source : "liberation.fr")

Alexis Wright. Cette romancière remue l’Australie blanche en évoquant le destin tragique de son peuple, laminé par l’assimilation forcée.

C’est un tournant dans sa vie. Voilà que l’Australie blanche, celle qui mène depuis deux cents ans une politique d’anéantissement de ses ancêtres aborigènes, a décerné à Alexis Wright le plus prestigieux prix littéraire du pays. Et voilà aussi que Carpentaria est un phénomène littéraire. Publié par un petit éditeur après avoir été refusé par tous les gros, il en est à sa septième réimpression et s’est vendu à 30 000 exemplaires contre 2 000 à 3 000 habituellement en Australie. Et voilà enfin que certains lecteurs représentant cette même Australie blanche sont venus lui demander pardon lors des rencontres organisées pour la présentation de son roman à travers tout le pays.

Alexis Wright a donné rendez-vous en plein cœur de Melbourne, où elle réside, devant l’entrée principale de la gare de Flinders Street, monument de l’architecture monumentale édouardienne. Physique d’écureuil : petite, menue, teint clair, grands yeux noisette, vêtements aux tons de feuilles mortes. On décide d’aller se poser au musée de Melbourne où se trouve la galerie Bunjilaka consacrée aux Aborigènes. Devant le bâtiment, une classe de fillettes la tête ceinte d’un strict foulard islamique blanc. Alexis Wright a entendu parler de la polémique qui a entouré, en France, le vote de la loi interdisant le port des signes religieux à l’école. «Je ne comprends pas, c’est leur liberté», dit-elle. De la part d’une descendante d’un peuple que l’Australie blanche a voulu assimiler de force après avoir tenté de l’exterminer, la phrase prend un tour particulier.

Le premier ouvrage d’Alexis Wright Les plaines de l’espoir, narre l’histoire d’Ivy, petite fille aborigène arrachée à sa mère pour, comme des dizaines de milliers d’autres, être placée à l’orphelinat d’une mission religieuse qui se chargera de lui «blanchir» l’âme. La vie d’Ivy est une fresque tragique, une descente onirique aux enfers dans un monde halluciné. Dans quelle mesure cette histoire fait-elle écho à celle d’Alexis Wright ? «Mon arrière-grand-mère a été volée par un éleveur quand elle était une toute petite fille, et je ne sais pas ce qui a pu arriver à sa famille, s’ils ont été massacrés.» Des bribes de cette histoire lui ont été transmises par sa grand-mère. Alexis Wright a déduit le reste des ouvrages consacrés par nombre de chercheurs aux Aborigènes. «Ces enfants travaillaient comme esclaves dans ces propriétés et servaient souvent d’esclaves sexuels», ajoute-t-elle.

Alexis Wright se livre peu. Elle est chaleureuse, attentive, son visage est ouvert, mais le regard reste insondable sous des sourcils épais. Elle a grandi dans la ville aborigène de Cloncurry, dans le nord-ouest de l’Etat du Queensland, «où la démarcation était très claire entre les Noirs et les Blancs». Elle ne parle que quelques mots de naanyi, la langue de ses ancêtres. «Elle n’était pas enseignée à l’école. Il ne reste aujourd’hui que très peu de locuteurs. Le naanyi est en train de mourir.» Elle raconte une enfance plutôt heureuse auprès de sa grand-mère. «Dès toute petite, je devais avoir dans les 3 ans, je faussais compagnie à ma mère et j’allais chez ma grand-mère. Elle habitait à quelques kilomètres de là. On se promenait toutes les deux dans le bush. On pêchait, elle me racontait de merveilleuses et étranges histoires. Un arbre n’était pas juste un arbre, il pouvait agir étrangement s’il le voulait.»

Ces «histoires» l’ont solidement «ancrée» dans la mythologie et la terre aborigènes. Collège, lycée, université, «ma mère a toujours insisté auprès de ma sœur et moi sur le fait que nous étions aussi capables que n’importe qui d’autre. Elle voulait le meilleur pour nous. Elle m’a transmis sa détermination». D’arrière-grand-père, de grand-père, il n’est pas question. Son père, bouvier, est mort quand elle avait 5 ans. «C’était une bonne personne. J’ai grandi dans une famille de femmes.» Elle-même a trois filles d’un mari ukrainien. Certains de ces ancêtres étaient-ils blancs ? Alexis Wright a la peau très claire. Dans l’un de ses textes, elle évoque des «restes d’un arrière-fond culturel chinois» et, côté paternel, «une ascendance irlandaise». «Je me demande ce que j’aurais pu apprendre de la famille de mon père si je l’avais connue, et ce que j’aurais hérité d’elle», écrit-elle.

Beaucoup d’Aborigènes sont, comme elle, métisses. «Les enlèvements, les viols sont le grand problème de l’Australie. Ces métissages sur plusieurs générations ont produit des gens qui ne connaissent plus du tout leur identité», explique Marc de Gouvenain, son éditeur chez Actes Sud. Alexis Wright, elle, se revendique aborigène et en est fière. Comme ses filles. Quand elle parle, elle ne dit jamais je, mais «nous»,«ma communauté»,«mon peuple».

Elle a consacré sa vie à la cause aborigène. «Il y a tellement à faire, et nous sommes tellement impuissants», soupire-t-elle. L’été dernier, un rapport officiel a été publié, qui dénonçait la multiplication des agressions sexuelles sur des mineurs au sein des communautés aborigènes des Territoires du Nord de l’Australie. Responsable : «Un fleuve d’alcool».En Australie, l’affaire a fait grand bruit. John Howard, l’ex-Premier ministre, a pensé que le pouvoir fédéral allait prendre le contrôle de ces communautés, en lieu et place des autorités locales, et interdire alcool et pornographie pendant six mois.

Alexis Wright ne nie pas ces problèmes, elle a écrit un essai Grog War sur le sujet. Ce qu’elle ne supporte pas, c’est la façon dont les Blancs, faisant fi de leur responsabilité historique, traitent les Aborigènes. «Comme des enfants, des animaux domestiques, ou des gens mauvais et abusifs incapables de s’occuper d’eux-mêmes».«On nous dénie encore et toujours la capacité de penser par nous-mêmes et pour nous-mêmes.»

Dès l’enfance, cette femme s’est rêvée écrivain. Mais elle se l’est longtemps interdit, y voyant du temps volé à son peuple. «S’autoriser à écrire a été un peu accepter de se faire égoïste», note son ami français. Mais Marc de Gouvenain la dit aussi pleine de vie, «réceptive, ouverte à d’autres gens, d’autres pays, d’autres paysages». L’éditeur se souvient d’une balade en raquettes à neige en Lozère avec une Alexis Wright ravie.

Des Territoires du Nord, où elle a longtemps vécu, Alexis Wright a emménagé à Melbourne. Pour Marc de Gouvenain, «elle y est moins confrontée à la réalité aborigène sinistre et à cette espèce d’apartheid qu’il peut y avoir dans le nord du pays». Pour autant, Alexis Wright reste étroitement connectée à son peuple. «Elle tient les anciens de sa communauté au courant de ce qu’elle fait, elle a besoin d’une certaine manière de leur accord. Elle leur lit ce qu’elle a écrit, et si ça les dérange, elle supprime.»,Etonnamment, l’alchimie fonctionne. Les Plaines de l’espoir et Carpentaria sont d’authentiques œuvres littéraires. Le succès critique et public de son dernier opus a donné à Alexis Wright une visibilité nouvelle. De ce succès, les Aborigènes sont «immensément fiers». Et pour Alexis Wright, cela n’a pas de prix.